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midem 2006

Le Kolatier

8 février 2007

 

La troisème édition du Kolatier, Bourse au spectacle d'Afrique Centrale, c'est tenue à Douala du 5 au 9 décembre 2006. Jean-Marc Genier, président du Conseil francophone de la chanson, était sur place et vous livre son compte-rendu de la manifestation.  

Luc Yatchokeu est membre du Conseil Francophone de la Chanson dont je préside le Conseil d’Administration. Je suis par ailleurs producteur en suisse (plus de 100 spectacles dans le domaine du spectacle vivant chaque année). Luc m’a parlé de sa manifestation, des ses espoirs et de ses difficultés, il a souhaité que le CFC anime un atelier dans le cadre de cette troisième édition qui s’est tenue récemment. J’ai accepté cette proposition et en compagnie de Monsieur Jo M’Boulé notre directeur régional, nous avons proposé de faire le point quand à la situation du spectacle vivant dans la région Afrique Centrale. J’ai à deux reprises visité l’ensemble des pays francophones en qualité de Président du Jury International de sélection des Jeux de la Francophonie en 2001 pour ceux d’Ottawa-Hull et 2005 pour ceux de Niamey. J’ai par conséquent une certaine vision de ce qui se passe dans l’ensemble de la Francophonie et de l’Afrique Centrale en particulier.

Cette région contrairement à d’autres, notamment du continent Africain ne dispose que de peu ou pas de structures qui entourent professionnellement les artistes provenant de ces différents pays . Les initiatives, tels les festivals sont nombreuses, les concours également. Les artistes s’exportent relativement peu quand bien même leurs créations sont de bonne qualité. Une réflexion sérieuse afin de définir et d’élaborer des politiques culturelles nationales ou régionales restent à faire. Un part non négligeable de l’analyse produite récemment par Africa Fête dans le cadre de l’étude de faisabilité en vue de l’éventuelle création d’un Bureau Export de la Musique Africaine concerne cette région tout en relevant par ailleurs d’une part l’absence de volonté politique affirmée de même qu’une très faible structuration du milieu professionnel. Cette situation est encore aggravée par la difficulté de communication entre les pays de même que par la situation politique et économique difficile que certains d’entre eux connaissent aujourd’hui.

C’est dans ce contexte particulier qu’il convient d’observer le Kolatier qui tente de se profiler en tant que bourse ou marché du spectacle d’Afrique centrale. Rappelons pour mémoire que le MASA n’existe plus de fait depuis 2001 quand bien même s’est tenue une édition en 2003, pratiquement sans acheteurs, dans le contexte politique que nous connaissons bien.


Le Kolatier 2006 les Faits :

  • Il s’est bien tenu aux dates fixées

 

  • Il s’est déroulé sur le site de la Salle des Fêtes d’Akwa, un quartier de Douala. Ce site comprend la salle proprement dite comprenant une scène équipée modestement, un peu de ventilation. Rappelons pour mémoire que la température cette semaine avoisinait les 35 degrés. A l’extérieur de la salle un parc dans lequel était installée la grande scène, les stands des artistes ou des compagnies, le restaurant des artistes et participants, l’accueil.

 

  •  La programmation correspond pour l’essentiel à celle annoncée. Les spectacles proviennent principalement du Cameroun, mais également du Tchad, de RCA, du Congo Brazzaville, de la RDC, de Sao Tomé. Les spectacles sont principalement musicaux mais également de danse, de théâtre. La technique de scène est efficace mais la gestion de la sonorisation de la façade peut être améliorée et affinée.


  • Le directeur est un homme orchestre, entouré d’un responsable technique et d’une petite équipe de bénévole.


  • Le Professeur Mbuyamba Lupwishi , directeur de l’observatoire des Politiques culturelles en Afrique et représentant du Conseil International de la musique est le parrain du Kolatier et présent durant toute la manifestation.


  • On ne remarque pas ou peu de publicité dans la ville, par contre l’effort de communication se fait durant la manifestation, par le biais de la presse, radio et TV.


  • Quelques acheteurs sont présents, il s’agit pour l’essentiel de représentants de Festivals ou de directeurs de théâtre. Monsieur Patrick De Groote de Anvers, coordinateur de l’European Forum of Worldwide Music Festivals est présent en tant qu’observateur. Il est accompagné d’un collègue français.


  • Peu d’indications concernant le montage financier de l’événement toutefois l’Organisation internationale de la Francophonie est intervenue, ainsi que le Ministère camerounais de la Culture. Africalia a renoncé à l’aide promise, quelques semaines avant la tenue de la Bourse ; le CCF de Douala a connu quelques difficultés techniques et n’a pas pu honorer son engagement d’accueillir quelques spectacles. Pas d’aide publique de la ville.


  • Les artistes ne sont pas payés comme d’ailleurs dans toutes les bourses ou marchés. Les troupes étrangères son nourries et logées. Les voyages sont pris en charges par l’organisation, en dehors du transport international du groupe musical La Sanza de RDC, payé par le Centre Wallonie Bruxelles de Kinshasa. Tout le monde est nourri. Si nécessaire le back line est fourni




Voilà pour l’essentiel les points que l’on peut mettre en évidence dans un premier temps.
Il y a là tous les ingrédients réunis en germe et à certaines conditions un développement du Kolatier est envisageable. Avant d’esquisser des propositions il m’apparait important de faire un inventaire des problèmes à résoudre dans la perspective d’une future 4ème édition.


1) Une bourse, un marché ce n’est pas un festival. Un festival offre une programmation à une population donnée, un quartier, une ville, une région etc. Il est gratuit ou payant. Une bourse a une autre perspective, elle veut permettre une rencontre entre deux catégories de partenaires, d’une part les artistes et leurs représentants et d’autre part des acheteurs de ces spectacles, programmateurs de lieux, de festivals, de foire ou de encore à l’occasion d’évènements crées par des villes, des régions voir des pays. Le ou les organisateurs de bourse ou de marchés créent les conditions propices de ces rencontres. Ils sont ouvert au public ou non, ici le public a pu assister gratuitement aux représentations.

2) Première clé du succès, la programmation. Luc ne nous a pas trompé, sa
programmation tenait la route de façon générale, je doutais qu’il réussisse compte tenu de ses moyens à assurer la présence de troupes venues des autres pays de la sous-région, j’avoue que je m’étais trompé. Cependant un nombre restreint de ces spectacles pourraient circuler dans les pays du Nord dans l’état actuel.


3) Les acheteurs. Convaincre des acheteurs est un travail en soi. Il faut connaitre le
marché régional, entretenir des rapports régulier avec lui, lui fournir des informations fiables et de façon anticipée afin qu’il puisse se déterminer quant son éventuelle venue. En tant que producteur privé qui paie lui-même ses déplacements et ses frais sans être porté par un gouvernement ou un lieu spécifique, j’ai déjà connu ce type de difficulté avec le MASA qui lui pourtant disposait de moyens considérables pour ces différentes éditions. Je ne vois de développement possible pour les bourses ou les marchée qu’en soignant particulièrement cette dimension là du problème. Le Kolatier doit lui également prendre à bras le corps ce problème s’il entend se développer. Dans ce type d’activité l’on se déplace une fois pour tester la manifestation, une seconde fois pour le tourisme culturelle et souvent on abandonne faute de renouvellement. La programmation doit être bouclée assez tôt, le maximum d’information apportées aux acheteurs sur les différents artistes, leur trajectoire, leur tournées récentes, voir les implications financières, techniques etc.

4) Créer les conditions de la rencontre. Le côté encore familial du Kolatier de même que l’espace et sa gestion ont permis de se côtoyer aisément. Les artistes n’ont pas saisi dans un premier temps l’utilité d’avoir un stand et d’être présent afin de parler de leur production, de mettre à disposition du matériel au-delà des supports sonore, mais cet apprentissage s’est fait sur le tas. La présence d’hôtesse était sympathique mais elle ne disposait que des informations imprimées, mais ne pouvait pas nous informer des changements de programmation, d’horaire etc. Le fait que le directeur porte tout sur ses épaules a conduit a certains manque dans la circulation des information liées à vie quotidienne et aux ajustements que nécessite une telle organisation. La présence et le soutien de Vincent Mambachka de l’Espace Linguatere a crée du lien ce qui a facilité le déroulement de la Bourse.

5) Le site. Telle que cela s’est déroulé, il y eu quelques problème lié au fait qu’à certains moments de la semaine le site était déjà loué ou mis à disposition d’autres utilisateurs. Je pense en particulier à une partie de la journée du vendredi ou du samedi nécessitant de ce fait d’une réorganisations de l’espace. Pour le futur le lieu doit être exclusivement réservé pour la bourse. Le côté mixte,plein air et salle est à maintenir.

6) Les rencontres professionnelles. Elles font partie des traditions de ce genre de regroupements. Des analyses y sont produites, elles ont un goût de déjà vu et chacun sait que malgré les incantations nous en resterons là pour l’essentiel. Nous avons tenté de les réorienter en cours de route afin d’être utile au plus grand nombre sur toute une série de point basique mais qui permettent d’avancer un peu en fonction de là oû se trouve.

7) Après trois éditions il est temps que l’on assiste a une reconnaissance de la nécessité de l’existence de cette bourse qui rempli une fonction utile pour l’ensemble du milieu professionnel de la sous région Afrique Centrale. Cette reconnaissance doit passer par une intervention de la Ville de Douala de même que par celle du ministère de la Culture du Cameroun. Sans cet appui cette initiative est condamnée à disparaitre. Le renforcement de l’aide peut être envisagé sous des angles différents. Aide à la formation des permanents de la bourse à la gestion d’un projet culturel international, aide à la formation technique (techniques de scènes ou de communication),
Enfin l’aide à l’établissement d’un répertoire des professionnels des pays concernés et développement d’une information les incitants à leur venue au Kolatier. Le cas échéant sensibilisation des professionnels du Nord de l’existence de cette bourse et à l’intérêt qu’elle peut représenter pour eux.

Je suis venu à Douala sans arrière pensée, sans jugement préalable fondé sur le on dit.. J’éprouvai simplement le désir de voir de me faire ma propre idée. Je pense avoir été présent, actif, attentif. J’ai été sensible à l’engagement de cet homme et de la petite équipe qui l’accompagne. Je mesure ce qu’il a fait dans des conditions matérielles et économiques impensables de même qu’avec une reconnaissance publique insignifiante. Mais c’est la règle. Tous les grands événements culturels, toutes les institutions éducatives, caritatives à caractère privé ou associatif passent par ces étapes de développement. J’ai enseigné suffisamment longtemps la sociologie pour saisir là encore ce phénomène. Nous sommes tous la face à nos responsabilités et l’avenir nous dira si cette institution qu’est le Kolatier va bénéficier de meilleures conditions afin son développement et son rayonnement. C’est en tout cas ce que je souhaite personnellement, pour les artistes, les professionnels d’une région du continent souvent oubliée.


Jean-Marc Genier
Le Pont, le 13 décembre 2006.

 

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