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Il a fallu 35 ans de carrière à Salif Keita avant de pouvoir enregistrer chez lui, à Bamako, dans le studio qu’il s’est fait construire non loin du Niger. Un long parcours passant par Abidjan, New York et Paris, et qui devait fatalement revenir à son point de départ, sur cette terre qui l’a vu naître, au sein d’un peuple qui est le sien. L’histoire de Salif, c’est plusieurs exils consécutifs. Albinos, il fut rejeté par son père. Musicien, il a été renié par la noblesse de caste auquel il appartient. Ambitieux, il a préféré quitter son pays qui ne lui offrait aucune perspective professionnelle. C’est donc en vagabond qu’il s’est frayé un chemin, y trouvant à force de volonté, de clairvoyance, de talent, gloire et fortune. De sorte que ce retour au bercail revêt une dimension symbolique et porte en soi un petit air de triomphe. Ce nouvel album signe le vrai retour du fils prodigue vers ses racines et son histoire. Privilégiant, comme son prédécesseur Moffou, les sonorités acoustiques, il est la parfaite synthèse de toutes les influences que le chanteur a récolté au cours de sa longue odyssée musicale- le rock, la soul, la chanson française, les rythmes afro cubains- qu’il utilise dans une perspective résolument africaine. Avec le concours de musiciens traditionnels comme Mama Sissoko au luth ngoni ou Toumani Diabaté à la kora, Salif invoque sur M’Bemba (Ancêtre) le souvenir de son glorieux aïeul, l’empereur Soundiata Keita, fondateur de l’ Empire Mandingue au 12 siècle. Un morceau qui est une véritable histoire de famille puisqu’on y entend pour la première fois un chœur constitué par les sœurs de lait de Salif. Pourtant cette esthétique traditionnelle n’est pas une fin en soi et cet album reste résolument tourné vers la danse (Ladji, Mokoya) et les tournures mélodiques modernes (Dery, Manquer). Réalisé par Jean Lamoot, déjà maître d’œuvre sur Moffou, il jouit également des présences charismatiques de Kanté Manfila, mentor de Salif à ses débuts, et du guitariste Ousmane Kouyaté qui, comme Manfila, appartenait aux Ambassadeurs du Motel que rejoindra Salif au milieu des années 70. En raison de son environnement géographique et humain, ce disque se situe ainsi dans la lignée de Moffou, tout en allant beaucoup plus loin musicalement.
Pour célébrer les dix ans de la Francophonie au Midem, Salif Keita sera en concert au Midem 2007.